Lille 2026 : La culture, grande oubliée ou futur champ de bataille ?

À l’approche des municipales, un débat exceptionnel a eu lieu ce jeudi 21 janvier entre cinq candidats. Lahouaria Addouche (LFI), Stéphane Baly (EELV / Génération.s), Violette Spillebout (Renaissance), Louis Delemer (LR / UDI) et le maire sortant, Arnaud Deslandes (PS), ont croisé le fer pendant plus de trois heures pour concourir au fauteuil de la mairie de Lille.

Organisé par deux associations étudiantes, À vos bancs (association politique d’ESPOL – École Européenne de Sciences Politiques et Sociales) et PE-Lille (section lilloise du Parlement des Étudiants), cet échange animé s’est déroulé dans Le Gymnase, salle historique où se côtoient aujourd’hui l’art de la danse et le spectacle vivant. Ce rendez-vous démocratique a mis à l’honneur cinq thématiques qui préoccupent les Lillois : logement et urbanisme, sûreté et tranquillité publique, transition écologique et mobilités, jeunesse, éducation et vie étudiante et, enfin, gouvernance locale et participation citoyenne.

À notre grand désespoir, la culture n’a été que brièvement mentionnée par les têtes de liste. Elle a été encore une fois reléguée au second plan lors du débat, alors qu’elle est un pilier de l’apprentissage et du lien social à Lille. Heureusement, un membre du public a posé une question concernant la culture (avant notre aspirant journaliste présent) : « À la tête de la mairie de Lille, quelles réformes culturelles allez-vous mettre en place durant votre mandat ? » Voici leurs réponses.

Culture Demain

Le coprésident du groupe Lille Verte (groupe d’opposition d’élu-es écologistes à la mairie de Lille), Stéphane Baly, entre en matière tambour battant. Avec véhémence, le tête de liste d’EELV (Europe Écologie Les Verts) voit les choses en grand pour la culture au sein de la capitale du Nord puisque, pour lui, « le volet culturel est un vrai angle mort ». Il désire « la gratuité des musées pour tous les Lillois et Lilloises, Lommois et Lommoises, Hellemmois et Hellemmoises ».

Second point : il souhaite la création d’une grande médiathèque « aux horaires élargis ». Aujourd’hui, à l’exception de la nocturne du vendredi à la médiathèque Jean Lévy (jusqu’à 20h), les établissements ferment généralement à 18h ou 19h et aucun n’est ouvert le dimanche, ce qui constitue un frein pour un grand nombre d’étudiants.

Le candidat écologiste, Stéphane Baly (à gauche). © Photo : Alexandre Van Assche / Pépère News
Le candidat écologiste, Stéphane Baly (à gauche). © Photo : Alexandre Van Assche / Pépère News

Pour terminer, il a l’intention « d’offrir un cinéma indépendant à Lille ». En effet, Lille est la seule ville de plus de 100 000 habitants qui ne dispose d’aucune salle indépendante. L’offre cinématographique de centre-ville est monopolisée par les cinémas UGC. Si le groupe appartient toujours majoritairement à la famille Seydoux, l’écologiste s’inquiète de l’influence de Vincent Bolloré (homme d’affaires, propriétaire de médias et milliardaire français), dont le groupe Canal+ détient désormais 34 % du capital d’UGC. Ce monopole s’appuie sur trois sites depuis l’acquisition des deux cinémas indépendants : le Majestic (6 salles) et le Métropole (4 écrans) en juillet 2019. S’y additionnent les 14 salles de l’UGC Ciné Cité. L’écologiste finit en ajoutant que « demain l’UGC, c’est Bolloré », illustrant sa peur d’une concentration médiatique et culturelle.

Faire respirer la culture

La macroniste Violette Spillebout considère la culture comme la base du vivre-ensemble. Pour elle, celle-ci fait partie, avec l’éducation, des priorités du futur mandat 2026-2032. Elle veut « le maintien du budget de la culture en termes de pourcentage dans nos budgets de fonctionnement et d’investissement de la ville ». En d’autres termes, Spillebout s’engage à ce que la culture ne soit pas la variable d’ajustement du budget lillois. En promettant de maintenir le pourcentage dédié à ce secteur, tant pour faire fonctionner les structures actuelles (fonctionnement) que pour construire les projets de demain (investissement), elle assure une stabilité financière aux acteurs culturels de la ville.

La macroniste, Violette Spillebout. © Photo : Alexandre Van Assche / Pépère News

La députée de la 9e circonscription du Nord aspire à une redistribution de l’ensemble du budget consacré à Lille3000 pour ses grands événements sous deux programmes principaux. Elle prétend poursuivre et renforcer « l’éducation artistique et culturelle à l’école et dans les centres sociaux », en les qualifiant de « formidables avec un magnifique plan musique et plan lecture ». Elle aspire également à la « redistribution des moyens en plusieurs millions d’euros vers les structures culturelles de quartier » (cinémas, petits théâtres, associations culturelles) afin de soutenir « l’emploi culturel et les artistes qui ont des conditions de vie extrêmement précaires ». L’autre finaliste des municipales en 2020 à Lille se dit « très engagée sur ce sujet ».

Fidèle à la culture, prête pour demain

Le maire sortant, Arnaud Deslandes, a commencé par rectifier les propos de l’écologiste exprimés quelques minutes auparavant. Le protégé de Martine Aubry a contredit son principal rival en assurant que le projet d’un MK2 à l’intérieur des Halles de Wazemmes « était une légende urbaine qui continue de persévérer ». L’ancien adjoint a honoré la politique culturelle de la fille de l’homme politique Jacques Delors au pays des bières et des welshs : « On peut rendre à Martine Aubry d’avoir largement changé le visage de Lille à travers la culture avec ses convictions que la culture transforme la ville, améliore aussi la vie des gens et qu’elle doit être partagée. »

Le maire sortant, Arnaud Deslandes. © Photo : Alexandre Van Assche / Pépère News

Outre sa reconnaissance envers l’ancienne maire de Lille, le socialiste n’a proposé aucune réforme culturelle concrète lors du débat. Cependant, il assure vouloir défendre « une culture durable et partagée qui défend l’accueil de grandes expositions ». Il certifie également une préservation de Lille3000 (association représentant un programme culturel promu par la ville de Lille et par le comité d’organisation de Lille 2004) dans la même optique. Il garantit ainsi le soutien « des scènes émergentes et amateurs dans notre ville et aux artistes qui, effectivement, sont aujourd’hui en grande fragilité. On sera là pour les soutenir ».

Une culture, deux visions

Du côté des outsiders, Louis Delemer et Lahouaria Addouche partagent leur vision pour ce qui fait l’âme de la capitale des Flandres : sa culture.

D’un côté, le Républicain soumet son intention d’un grand nombre de nouveautés dont « la gratuité de la carte C’ART pour tous les jeunes de moins de 25 ans ». Actuellement, cette carte permet d’explorer la richesse culturelle de 15 musées et centres d’art de la métropole lilloise et des établissements culturels partenaires. Comme le candidat écologiste, le secrétaire général LR de Lille aspire à un « élargissement des horaires des médiathèques dans Lille » et, sur le modèle de Tourcoing, il rêve d’un « grand concert annuel avec des artistes populaires qui s’adresse à toutes les générations ».

Le benjamin des têtes de liste (32 ans) envisage de revoir le modèle de la programmation et de « faire l’audit » de Lille3000 dans le but de constater l’intérêt de cette saison culturelle tous les trois ans. Avec originalité, à la tête de la mairie lilloise, il convoite la création d’un « musée d’histoire locale » mais aussi le renouvellement de la collection permanente du Palais des Beaux-Arts. Il juge qu’une collection magnifique existe en réserve et qu’elle « mérite d’être montrée ».

De l’autre côté, Lahouaria Addouche aborde cette question par « son soutien au centre culturel libertaire qui a subi une attaque raciste parce qu’eux aussi font la culture ». Pour remettre ce soutien dans son contexte, le 15 janvier dernier, le Centre Culturel Libertaire (CCL) de Lille a subi une attaque orchestrée par des néonazis, avec des violences contre le public et des actes d’intimidation. Trois d’entre eux se sont introduits dans le lieu et ont frappé les personnes au bar avant de s’en prendre au public présent pour assister à un concert.

Côté financement, l’Insoumise porte comme projet une culture de proximité en « redirigeant les finances en fléchant le local », en organisant des festivals dans les quartiers. Pour elle, « la culture, c’est bien, mais dans les quartiers populaires, ce serait mieux ». Pour conclure sur cette problématique, elle réitère son soutien, mais cette fois aux associations culturelles, puisque le Pass Culture et le Pass Sport ont été divisés dans le budget passé par le recours au 49.3 utilisé par le Premier ministre, Sébastien Lecornu, ce lundi 19 janvier.

Deux primo-candidats, Lahouaria Addouche (LFI) et Louis Delemer (LR / UDI). © Photo : Alexandre Van Assche / Pépère News

À noter que Matthieu Valet, le candidat du RN (Rassemblement National), était absent du débat. Sa présence était considérée comme « risquée » et pouvait compromettre « la bonne tenue du dialogue ». Avec le budget Culture 2026 voté en décembre qui s’élève à 72,9 millions d’euros (dont 60,4 M€ pour le fonctionnement), une interrogation reste en suspens : comment les candidats financeront-ils toutes leurs réformes avec une enveloppe déjà sous tension, notamment le Républicain Louis Delemer ?

Plus qu’à attendre les 15 et 22 mars prochains pour savoir qui de ces candidats sera à la tête du Beffroi.


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